QUAND LES MAÎTRES MODERNES SIGNENT L'AFFICHE DU SALON DE MAI


Fondé en 1943, en pleine Occupation, le Salon de Mai naît de l’initiative de résistants du monde artistique désireux de préserver la liberté de création face aux interdictions frappant l’art moderne. Autour de figures telles que Gaston Diehl, le Salon affirme dès l’origine une position engagée, offrant une tribune aux artistes exclus des circuits officiels. Après la Libération, il devient l’un des rendez-vous majeurs de la vie artistique parisienne, révélant et accompagnant les grandes tendances de l’après-guerre : abstraction lyrique, nouvelle École de Paris, figuration renouvelée.

Dans les années 1950 et 1960, le Salon de Mai participe activement aux débats esthétiques qui traversent la scène internationale. Il constitue un espace d’expérimentation et de confrontation, favorisant les dialogues entre artistes français et étrangers. Un épisode marquant demeure la présentation en 1953 de la toile monumentale La Guerre et la Paix de Pablo Picasso, événement qui confirme le rayonnement du Salon et son rôle de plateforme d’envergure internationale. Par de telles expositions, le Salon affirme sa capacité à inscrire l’actualité artistique dans une réflexion politique et humaniste.

Au fil des éditions, le Salon de Mai ne se limite pas à l’exposition : il forge également une identité visuelle forte à travers l’édition d’affiches originales confiées chaque année à un artiste invité. Ces affiches, véritables œuvres à part entière, constituent aujourd’hui un témoignage précieux de l’évolution des langages plastiques d’après-guerre.
 
Affiches pour le Salon de Mai par Pierre Alechinsky (Lot 73) et Pablo Picasso (Lot 19).


Plusieurs grands noms s’y sont illustrés, parmi lesquels Man Ray, Wifredo Lam, Édouard Pignon, Ladislas Kijno, Jean Messagier, Antonio Segui, Pierre Alechinsky, Claude Viallat ou encore Vladimir Veličković. Chacun transpose son univers dans un format publicitaire, brouillant la frontière entre art et communication culturelle. La plupart du temps, ces affiches sont tirées en lithographies numérotées et signées.
À travers ces éditions successives, le Salon de Mai a su conjuguer engagement artistique et diffusion populaire, faisant de l’affiche non seulement un outil de promotion, mais un champ d’expérimentation plastique. Les exemplaires présentés dans notre vente aux enchères s’inscrivent dans cette histoire vivante, où l’image imprimée devient mémoire d’un moment majeur de la modernité artistique.
 
Lithographies des oeuvres destinées à illustrer l'affiche du Salon de mai par Wifredo Lam (Lot 21) et Antonio Segui (Lot 72)